Décret d'abolition de l'esclavage en Tunisie — Ahmad Bey, 1846

Première parution d'OBLITARIUM — Publié le 28 mai 2026

Le 23 janvier 1846 (26 Moharrem 1262 de l'hégire), Ahmad I Bey, souverain de la Régence de Tunis, signe le décret qui abolit officiellement l'esclavage sur l'ensemble du territoire tunisien. Cet acte place la Tunisie en avance sur la quasi-totalité des grandes nations de son temps. Il est aussi l'un des grands oubliés de l'historiographie occidentale. OBLITARIUM choisit de l'inscrire en première parution. Plus précisément, il s'agit d'une circulaire administrative adressée aux caïds (gouverneurs locaux) leur ordonnant l'application immédiate de l'affranchissement.

Un acte sans équivalent dans le monde musulman moderne

Ahmad I Bey règne sur la Régence de Tunis depuis 1837. Modernisateur convaincu, il a reçu une éducation au contact des élites européennes ; en 1846 même, il sera reçu à Paris par Louis-Philippe. Lecteur attentif des évolutions politiques de son siècle, il convoque les oulémas — les autorités religieuses musulmanes — et soumet à leur examen l'idée d'une abolition générale. Le verdict s'appuie sur la tradition islamique : la libération des esclaves est, dans le Coran comme dans la sunna, parmi les actes de piété les plus recommandés.

La circulaire de janvier 1846 n'est pas un coup d'éclat isolé. Il est l'aboutissement d'une démarche progressive engagée par le Bey dès le début des années 1840 :

Une avance sur l'histoire

Pour saisir la portée de cet acte, il suffit de le situer dans la chronologie comparée des abolitions modernes :

ÉtatAnnée d'abolition officielle
Tunisie1846
France1848 — décret Schoelcher
États-Unis1865 — XIIIᵉ amendement
Cuba1886
Brésil1888
Empire ottoman1882 (officiellement)

La Tunisie de 1846 précède donc de deux ans la France, de dix-neuf ans les États-Unis, de plus de quatre décennies le Brésil. Cet écart est rarement souligné dans la littérature historique occidentale. OBLITARIUM entend y remédier — à sa modeste échelle, par l'image et par le texte.

Pourquoi inaugurer un musée numérique avec ce manuscrit ?

OBLITARIUM est conçu comme un dictionnaire de la carte postale ancienne du Maghreb. Sa vocation première est cartophile, photographique, documentaire. Ouvrir le musée avec un manuscrit plutôt qu'avec une carte postale n'est donc pas un détour : c'est une déclaration d'intention.

La carte postale du Maghreb, en tant que genre, naît à la toute fin du XIXᵉ siècle et fleurit au XXᵉ. Elle représente, photographie, met en scène — souvent en y projetant le regard des autres — un monde maghrébin saisi à un moment de son histoire. Avant cette image-là, il y avait des actes. Avant les rues photographiées, il y avait les décisions qui ont fait ces rues. Avant le vivre-ensemble que les CPA donnent à voir, il y avait les choix politiques et moraux qui l'ont rendu possible.

La circulaire de 1846 est l'un de ces choix. Le placer en première parution, c'est rappeler que ce que les cartes postales nous montrent ensuite — la mixité des souks, la diversité des places, la cohabitation des langues et des religions — n'est pas le fruit du hasard. C'est l'héritage d'actes de courage et de progrès, parfois précurseurs, partagés par des hommes et des femmes dont nous sommes tous les héritiers.

Le manuscrit

Le manuscrit présenté ici est issu de la collection personnelle de l'éditeur d'OBLITARIUM. Photographies en cours de préparation.

[Bloc à remplacer par les deux photographies des pages du manuscrit dès que disponibles. Référence interne : OBL-MAN-001.]

Description matérielle

Le manuscrit présenté est rédigé en arabe en écriture cursive, à l'encre sépia, sur papier vergé du XIXᵉ siècle. Une annotation française manuscrite d'époque porte le numéro de classement « N° 27 », l'intitulé « Circulaire relative à l'affranchissement des esclaves » et la double datation « 26 Moharrem 62 — 24 Janv 46 ». Cette bilinguisation atteste de l'organisation administrative de la Régence de Tunis à cette période, où les documents officiels en arabe coexistaient avec leur traduction-classement en français pour les besoins de la chancellerie et des consulats.

Pour aller plus loin

Quelques ouvrages de référence pour qui souhaite approfondir :

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